Les militants du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), parti au pouvoir au Tchad, chauffés à blanc par Idriss Deby et les cadres de son parti, ont occupé les pavés devant l’ambassade des Etats Unis à N’djamena. Ils protestaient contre la citation, dans une affaire de corruption, d’Idriss Deby et l’ex ministre sénégalais des affaires étrangères, Cheik Tidjane Gadio.

Selon l’enquête déclenchée par le FBI et la justice américaine, Idriss Deby aurait reçu deux millions de dollars américains contre attribution des contrats de prospections pour une société pétrolière chinoise. Il faut signaler, par ailleurs, que cette société, dans le même dossier, serait impliquée dans une affaire similaire en Ouganda. Sauf que dans ce cas le Président de ce pays n’est pas concerné mais un ministre.

 

Pourquoi «l’allié central» de la lutte contre le terrorisme se fourvoie dans une telle forfaiture?

En réalité, la lutte contre le terrorisme n’a jamais été le souci d’Idriss Deby. Sa seule préoccupation, comme tout dictateur, est comment conserver le pouvoir. En démocratie pour contester une décision de justice, il ya d’autres voies légales que d’ailleurs Tidjane Gadio n’a pas hésité à utiliser. Ces genres de manifestations (qui ressemblent plus à une machination diabolique qu’à une sortie spontanée et sincère), contre une décision de justice, sont rares dans les pays démocratiques car la justice américaine, quoi qu’elle apparait curieuse pour nous tchadiens, mais le système judiciaire américain est l’un de plus démocratique au monde. Rappelez-vous l’affaire d’interdiction des tchadiens d’entrée aux Etats Unis, un juge a suspendu le décret du Président Trump avant qu’elle ne soit rétablie pas une instance supérieure.

Habitué à ce genre de pressions contre les décisions et autres actes visant sa personne, Idriss Deby, par cette méthode absurde, digne des milices et autres groupes peu soucieux de droits et démocratie, cherche à intimider les américains en poussant la fouler à bruler et piétiner la bannière étoilée. C’est ainsi, rappelez-vous, lors de l’affaire Elf, le drapeau tricolore, de ses alliés français, a été brulé sur la place publique par une foule manipulée à l’hystérie. Récemment, sur les médias français, Idriss Deby n’est pas allé par quatre chemins pour faire chanter Macron en menaçant de retirer sa troupe du Mali. Joignant les actes aux menaces, le contingent tchadien qui se trouve au Niger avait plié bagages. Les cieux sont-ils tombés sur les têtes des nigériens ? Non.

Le Tchad qui est classé parmi les pays le plus pauvre au monde, n’a pas su tirer bénéfice de revenus du pétrole extrait depuis 2003. Le régime caractérisé par un clientélisme clanique à outrance et une corruption généralisée qui a gangrené toute l’administration, a dilapidé les revenus du pétrole négligeant au passage les secteurs de l’agriculture et élevage, deux mamelles de l’économie tchadienne. Au lieu de développer ces deux mamelles de l’économie, sous les influences des courtisans, le régime a opter pour faire de N’djamena la vitrine de l’Afrique. Des milliards ont été détournés, des chantiers, tels des zombies, sont abandonnés comme refuges aux animaux errants. Le secteur de la santé aussi a souffert de cette mal-gestion. Des hôpitaux extrêmement modernes sont construits mais mal fréquentés ou carrément infréquentés car la population n’a pas les moyens. Ceux accessibles souffrent du manque des médecins. Les fonctionnaires accumulent des arriérés de salaires inouïs.

Acculé par le résultat de sa mal-gouvernance, et pressé par certaines sociétés qui ont vu leurs contrats dénoncés par Deby, la santé financière du Tchad est au bord du gouffre et, ceci, d’autant plus que le Fonds monétaire Internationale vient de conditionner tout concours au Tchad aux résultats de la médiation entre le Tchad et la société Glencore. L’affaire Glencore démontre à suffisance la légèreté avec la quelle le Tchad est géré. Le Tchad accuse Glencore de délit d’initié, car pour Deby, cette société savait que les cours du pétrole va baisser avant de leur vendre, à crédit, des parts dans le consortium ESSO. La baisse du prix du baril est tel que (plus de 50%) le Tchad s’est trouvé incapable de payer les salaires de ses fonctionnaires. Dans un discours récent, Deby intimait aux tchadiens de retourner à la terre et d’oublier le pétrole. Dans l’intervalle, lui, il se fait corrompre par les chinois à hauteur de deux millions de dollars. C’est l’affaire Tidjane Gadio et consorts, tendant devant les juridictions américaines.

Ahmat Youssouf

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir