Les commerçants tchadiens du secteur pétrolier n'en peuvent plus. Ils viennent de joindre leur voix à celle de la société civile qui avait appelé à la ville morte. Traqués et soumis à un véritable rackette organisé par Idriss Deby, les commerçants viennent d'exprimer leur ras le bol suite à l'annulation par le Premier Ministre, Pahimi Deubet, de leurs licences de distributions des produits raffinés à Djarmaye.

Comment on est arrivé à cette situation?

Détenue à 60 % par la compagnie nationale pétrolière chinoise CNPCI et à 40 % par l'État tchadien (c'est pourquoi le poste de DG titulaire revient aux chinois), la raffinerie de Djarmaye, qui a coûté 450 millions d'euros, avait été présentée comme le fruit d'un partenariat gagnant-gagnant devant permettre au Tchad, producteur de brut depuis 2003, d'accéder à l'indépendance énergétique. La production de cette raffinerie devait largement couvrir les besoins du pays et faire de lui un exportateur de produits raffinés dans la sous-région. Ces attentes sont vite devenues chimères. Le régime, fidèle à sa stratégie de confiscation de la richesse du pays, nomme la nièce au poste de DGA de la raffinerie. Titulaire d'un BTS de l'Institut du Pétrole de Mao, le fait qu'elle soit la nièce de Deby, Idriss, ne constitue pas un motif valable pour l'empêcher de briguer ce poste du moment où (au Tchad bien sûr) nommer ses enfants et neveux ne choque plus personne. Tous les enfants sont responsabilisés. Des bambins, à peine majeurs, se trouvent aux rênes des toutes les régies financières, tous les secteurs d'investissements, tous les postes d'exécutions des budgets des ministères, bref, le Tchad est quadrillé. Plus grave et dangereux pour le Tchad en tant que entité administrative, la suppression des postes des directeurs administratifs et financiers (DAF), postes prisés par les membres du clan et l'attribution aux secrétaires généraux (SG) des ministères la faculté d'exécuter le budget, jette le dévolu du clan sur ces postes. Le danger est que ces postes, moelles épinières des ministères, sont aujourd'hui, quasi intégralement, confiés à des incompétents qui ne sont animés que par les gains matériels. Son système nerveux atteint, l'Administration tchadienne, lentement mais surement, dépérit et se déstructure.

Une pénurie préparée pour s'assurer le monopole de la distribution.

Ce qui est choquant sur la nomination de cette jeune femme est que son père, ministre des postes et nouvelles technologies, est par ailleurs un magnat du pétrole tchadien. Il possède des stations services pour distribuer les carburants.

Il faut souligner que la pénurie constatée ces derniers temps aurait été organisée et planifiée pour s'attribuer l'exclusivité de distribution des produits finis de djarmaye. Ainsi, la première étape fut la nomination à la direction de la raffinerie, par son oncle, de Dame Haoua Daoussa Deby. Ce qui est choquant sur la nomination de cette jeune femme est que son père, ministre des postes et nouvelles technologies, est par ailleurs un magnat du pétrole tchadien. Il possède des stations services pour distribuer les carburants. Alors lorsque le premier ministre, toute honte bue, nous dit que désormais le carburant qui était distribué par 50 sociétés, sera distribué par 5 dont celle du père de Dame Haoua, allons, un peu de sérieux! Autre fait étonnant, ces 5 sociétés doivent avoir pour interlocutrice la Société Tchadienne des Hydrocarbures (SHT). Une caisse noire gérée par un inconditionnel de Hinda Deby, Mahamat Kasser, aidé à la direction commerciale par le beau frère de la même Hinda, un des fils Hisseine Bourma. Ainsi va le Tchad.

Depuis Chawire, Youssouf Ahmat, pour La Gazette

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