Selon les informations qui nous parviennent de N’djamena, Jean Bernard Padaré, ex ministre de la justice, a été placé en garde à vue pour plusieurs plaintes portées contre lui et notamment pour détournement de fonds publics, tentative d’escroquerie et trafic d’influence (Voir l’article de RFI). Aculé par une meute de mandataires aux ordres du régime, Padaré qui, tel un avocat sous l’orme (pour ne pas dire sous les bananiers), affichait ostensiblement son dévouement, voire sa vénération non seulement à Deby mais à toute la famille du despote, vient d’être rattrapé par les réalités de ce système. Là où certains ont observé des calculs opportunistes pour se faire une place dans l’autocratie «debyenne», d’autres estiment des agissements délibérés pour nuire au dépote voire pour exhiber la vraie nature de ce régime. La réalité est bien sur toute autre.

Ceux qui l’ont vu à la police judicaire, n’ont pas reconnu l’avocat joufflu et dodu tellement qu’il avait maigri.

 

C’est l’occasion qui fait le larron

De Haiga en passant par Itir jusqu’à Deby, on ne jure que par lui. C’est le fils juriste qui manquait à la famille. De là à l’adopter il n’y a qu’un pas qui fut vite franchi.

Un premier décret tombe. Le fils adoptif est ministre, tenez vous bien, de l'urbanisme et des affaires foncières. Non seulement il favorise la famille à se constituer un patrimoine foncier sans précédent en leur attribuant des parcelles de terrains appartenant à l’Etat, mais s’érige en notaire gérant ces biens pour le compte de sa nouvelle famille. L’unité de mesure des ces terrains attribués à la famille n’est pas le mètre carré mais des dizaines d’hectares.

Juriste de formation, rien ne prédestinait cet ex étudiant du campus du Loiret à se lancer en politique, encore moins à coté de Deby. D’aucuns mettent même en doute ses diplômes d’avocat et pensent qu’il usurpe ce titre (voir l’excellente enquête du Miroir sur Padaré). Il était plutôt défenseur de ceux qui sont victimes de ce régime. Il est allé jusqu’à intercéder en faveur de la famille Ibni avant de faire un revirement à 180° et être l’avocat de la famille Deby et du régime par la suite.

Padaré était sur tous les fronts judiciaires du régime Deby. Plaidant un jour le dossier du fils Deby assassiné à Paris, représentant le Tchad dans l’affaire Arche de Zoé un autre jour. L’homme, lentement mais surement, est entrain de réaliser son ambition : entrer dans les rouages du pouvoir. Tout le cercle familial du despote n’a des yeux que pour Padaré. De Haiga en passant par Itir jusqu’à Deby, on ne jure que par lui. C’est le fils juriste qui manquait à la famille. De là à l’adopter il n’y a qu’un pas qui fut vite franchi.

Un premier décret tombe. Le fils adoptif est ministre, tenez vous bien, de l'urbanisme et des affaires foncières. Non seulement il favorise la famille à se constituer un patrimoine foncier sans précédent en leur attribuant des parcelles de terrains appartenant à l’Etat, mais s’érige en notaire gérant ces biens pour le compte de sa nouvelle famille. L’unité de mesure des ces terrains attribués à la famille n’est pas le mètre carré mais des dizaines d’hectares.

Pour Deby et son entourage, au moment où ils sont empêtrés dans des conflits judiciaires, l’émergence de cet avocat aux zèles ardents est providentiel, voire un salut divin. Parmi ces affaires judiciaires on peut citer l’affaire Ibni et l’affaire Habré.

 

L’affaire Ibni et les manœuvres du régime

Bachir s’adresse directement au despote : «Mais président, ces jours là, chaibo et moi avions ramassé tout ce que nous avons comme dollars et euros et avons traversé le fleuve vers le Cameroun».

Deby : «mais vous allez où?».

 Bachir : « nous partons pour l’Europe patron. Il parait que nous les ouaddaiens nous sommes très peureux, mais même tes généraux zaghawa (doigtant Chaibo) ont pris la poudre d’escampette». Rires aux éclats de Deby qui sera imité par l’assistance. Inutile de vous préciser que la guerre est d’ores et déjà déclenchée entre ces courtisans.

Ibni Oumar Mahamat Saleh, chef de la CPDC, a été arrêté par le régime le 03 février 2008 lors de l’incursion des rebelles à N’djamena. Depuis lors on n’a plus de ses nouvelles. Le régime cherche par tout moyen à se disculper et porter la responsabilité à ses lampistes : Tantôt c’est Mahamat Ali Abdallah, Ismaïl Chaibo ou encore Ahmat Bachir. Selon les informations d’une de nos sources, l’enregistrement de la conversation entre Padaré et Bachir avait pour but de confondre ce dernier, le mettre à l’écart, afin de le présenter à la justice française (la procédure étant très avancée au niveau des juridictions françaises). Padaré serait aidé dans cette mission par Ismaïl Chaibo. Malin comme un renard, Bachir, dès qu’il a eu vent de ce qui se trame, a manipulé un des courtisans de Deby à lui poser la question, en présence de Deby: «Bachir où est ce tu étais le 02 et 03 février 2008?». Et il s’en suit le dialogue suivant :

  • Bachir s’adresse directement au despote : «Mais président, ces jours là, chaibo et moi avions ramassé tout ce que nous avons comme dollars et euros et avons traversé le fleuve vers le Cameroun».
  • Deby : «mais vous allez où?».
  • Bachir : « nous partons pour l’Europe patron. Il parait que nous les ouaddaiens nous sommes très peureux, mais même tes généraux zaghawa (doigtant Chaibo) ont pris la poudre d’escampette». Rires aux éclats de Deby qui sera imité par l’assistance. Inutile de vous préciser que la guerre est d’ores et déjà déclenchée entre ces courtisans.

Bachir a atteint son objectif, les jours de la disparition d’Ibni, il n’était pas là. Les autres courtisans voulaient régler leurs comptes avec Chaibo qui lors de la «réorganisation» de la police avait fait radier tous ceux qui ne sont pas ses parents. Est-il nécessaire de vous préciser que tous les louangeurs de la cour de Deby émergent à la police, douane ou encore à l’armée. Eux aussi ont atteints leur objectif : faire signifier à leur chef que «ce peureux qui s’éclipse à la moindre adversité, fanfaronne devant eux en temps de paix est inadmissible». Il y a une réalité qu’on ne peut pas occulter, c’est qu’aux moments des événements de février, tous les collaborateurs de Deby ont fuit, sauf ses courtisans « bouffons et analphabètes » comme les qualifient certains. Touché par cette marque de fidélité absolue à sa personne, Deby a une oreille attentive pour eux.

C’est ainsi, pour assouvir la vengeance qui couve en lui que Chaibo aurait suggéré à Deby de piéger Bachir dont son aptitude à être un corrompu notoire n’est un secret pour personne (d’ailleurs sur ce plan, y a-t-il une personne travaillant avec le despote qui n’aurait pas cette grande «qualité debyenne». Ils sont tous corrompus, aveux de Deby lui-même). Padaré est chargé de la chose, la suite est connue.

Un rebondissement dans une autre affaire, connue sous le vocable d’affaire Habré, sera, pour un moment, salutaire à Bachir.

 

«L’affaire Habré» : descente aux enfers de Padaré

Dans cette affaire dite «Habré», qui est une affaire d’Etat, Deby ne s’est pas comporté en homme d’Etat. Dès son arrivé au pouvoir, il s’est laissé guider par une vengeance personnelle que par un esprit de réconciliation nationale. Lors de la conférence nationale, l’intelligence qui nous a poussés à aller déterrer l’ancien président Tombalbaye et lui rendre les honneurs nécessaires, cette même intelligence nous a fait défaut sur le plan de la réconciliation nationale. Les acteurs de l’époque réfléchissaient et agissaient selon le schéma dominé par la guerre FAN-GUNT. On aurait dû organiser une conférence vérité-réconciliation à la sud africaine pour trouver une solution définitive à cette déchirure fratricide. Mais Deby a adopté une posture de vengeance et a oublié que lui-même était acteur pendant les 8 ans de pouvoir de Habré.

Tel est pris qui croyait prendre. Padaré, dans sa fougue à servir le despote, a profité de l’amateurisme d’un autre ministre de la justice, Djiddo Sabre, pour devenir gardien des sceaux. En effet, l’ancien ministre garde de sceaux avait cru possible d’écrire une missive injurieuse et outrageante à des élus français qui s’inquiétaient de la tournure que prend l’affaire Ibni (crieuse coïncidence : un de ces sénateurs est élu dans le Loiret, un autre point en faveur des détracteurs de Padaré qui y était étudiant) (voir à ces propos l’article du Monde). Là également, qui peux croire que ce ministre aurait écrit cette lettre sans instruction de Deby? C’est dans ces conditions que Padaré est nommé garde de sceaux et Djiddo sabre à la poste et télécommunications. Ses premières décisions étaient de classer l’affaire Ibni sans suite, arrestations des députés et journalistes et signature d’un accord de coopération avec le Sénégal pour sceller le sort de Habré. Tous ceux-ci lui seront reprochés plus tard, car pour ses détracteurs, au moment où Deby est devenu fréquentable après son intervention au Mali, Padaré dénoue tous les efforts consentis à coup des millions de pétrodollars.

Il se précipite vers le Sénégal pour signer non seulement un accord de coopération judiciaire, mais profite pour régler les comptes à un bloggeur, Makaila Nguebla, qui publiait les dessous de l’affaire dite «Mata Léré» où Padaré est accusé de manœuvres contre le député Kebzabo (voir les articles de Pierre Vouboubé, correspondant particulier du blog Makaila). Il essaie aussi de modifier l’article 10 des statuts des «chambres africaines» sensées juger Habré. Face aux tollés provoqués par les défenseurs d’Hisseine Habré, Padaré et Aminata Touré font machine arrière. Cet article, une bombe à retardement, d’ailleurs on se demande comment Padaré avait obtenu le consentement de Deby tellement que la ficelle était grosse? C’est là aussi l’un des arguments de ses détracteurs qui pensent que Padaré, en intelligence avec certains milieux occidentaux, voulait la perte de leur chef. Ils voient juste car s’il y a procès, il faut qu’il y ait un vrai miracle pour que Deby ne soit pas touché. Ce qui était une simple alerte s’est transformée en panique généralisée lorsque des experts légistes sud américains sont partis fouiner dans les fosses communes au sud du Tchad. Des témoins de ces massacres auraient laissé entendre que  «c’est vrai il y a eu des massacres ici, et qu’eux n’ont pas vu Habré, mais ils se rappellent de la présence, ici même, d’un «comchef» du nom d’Idriss Deby». Selon certaines indiscrétions, ces témoins se seraient rendus au Sénégal pour se constituer partie civile.

Même si pour ses ennemis, Padaré aurait comploté, la réalité est qu’Idriss Deby s’est entouré de personnes aussi novices qu’elles ignorent tout de ce pan de l’histoire du Tchad où les responsabilités de Deby sont évidentes. Padaré est allé jusqu’à dispenser à Deby des éléments de langages affirmant que, lui Deby, n’était, aux moments des faits, qu’«un simple exécutant». Et au même moment, d’autres supposés exécutants sont mis aux arrêts au Tchad.

Mais que dit l’article 10 des statuts de ces chambres : «la qualité officielle d'un accusé, soit comme Chef d'État ou de Gouvernement, soit comme haut fonctionnaire, ne l'exonère en aucun cas de sa responsabilité pénale au regard du présent Statut, plus qu'elle ne constitue en tant que telle un motif d'atténuation de la peine encourue».

Dans cette affaire dite «Habré», qui est une affaire d’Etat, Deby ne s’est pas comporté en homme d’Etat. Dès son arrivé au pouvoir, il s’est laissé guider par une vengeance personnelle que par un esprit de réconciliation nationale. Lors de la conférence nationale, l’intelligence qui nous a poussés à aller déterrer l’ancien président Tombalbaye et lui rendre les honneurs nécessaires, cette même intelligence nous a fait défaut sur le plan de la réconciliation nationale. Les acteurs de l’époque réfléchissaient et agissaient selon le schéma dominé par la guerre FAN-GUNT. On aurait dû organiser une conférence vérité-réconciliation à la sud africaine pour trouver une solution définitive à cette déchirure fratricide. Mais Deby a adopté une posture de vengeance et a oublié que lui-même était acteur pendant les 8 ans de pouvoir de Habré.

 

Padaré et consorts (actuels collaborateurs de Deby) ignorent totalement le degré d’implication de Deby sous le régime Habré. De là à imaginer Padaré tapis dans l’ombre nouant la corde au cou de Deby, il n’y a qu’un pas qui fut vite franchi. Les visiteurs nocturnes glissent à Deby, les mains sur les cœurs, que Padaré, en intelligence avec l’occident, conspire contre sa personne. C’est alors que Deby, fidèle à sa réputation d’habile manœuvrier, se rappelle de l’enregistrement entre Bachir et Padaré. Il demande à un des courtisans qui a l’habitude de mettre tous ce qui se passe au palais rose sur la place publique, de le publier sur le net. La nasse se referme sur Padaré et collatéralement sur Bachir. Et celui qui a rendu public l’enregistrement quel est son sort? Wait and see

Padaré, d’un opportunisme sans égal, intrigant s’insinuant partout, s’est fait griller les ailes en rentrant dans le jeu des alliances des courtisans de Deby. Il n’est un secret pour personne que voyant la santé de leur chef chancelante, les «collaborateurs» de Deby s’organisent pour affirmer leur présence au moment de vacances du pouvoir. Ainsi, face à Bachir et ses comparses, se trouve Ismaïl Chaibo et ses acolytes. La rivalité a atteint son paroxysme lors du voyage de Deby aux Etats-Unis pour rencontrer une ONG sur l’environnement. Dans les coulisses ces jours là, Deby était obligé de réprimander les deux camps traitant leurs comportements d’ «enfantillages». Mais alors, au-delà de ces rivalités, comment un cadre comme Padaré se laisse manipuler par Chaibo pour enregistrer une conversation avec le directeur du cabinet du président? En réalisant cet enregistrement, Padaré montre qu’il n’a aucun scrupule à assouvir ses ambitions personnelles d’autant plus que même Deby sait que tous ses collaborateurs sont des corrompus. Certaines mauvaises langues insinuent qu’ils détiennent d’autres enregistrement, mais cette fois-ci qui concernent Deby lui-même.

 

Youssouf Ahmat

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