La défection des 160 soldats tchadiens appartenant à la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), de leurs positions au nord Mali, défraie la chronique depuis plusieurs jours. La concomitance de cette révolte avec l'investiture du nouveau Président malien et la présence à Bamako d'un bon nombre de chefs d'Etats, y compris le français Hollande et le tchadien Deby, n'est pas innocente. Alors comment est-on arrivé là? Comment à cause des salaires impayés on laisse les positions avancées au moment où le monde entier a les yeux rivés sur l'investiture du nouveau Président malien et l'aboutissement de la lutte contre AQMI ?
Selon des sources bien introduites à N'djaména, la manœuvre est préparée et orchestrée par Deby lui-même. Idriss Deby, selon cette source, n'a jamais accepté le fait qu'un rwandais soit désigné à la place de son poulain. Son projet initial était de soutenir non pas Oumar Bikimo mais son fils Mahamat Idriss. Ses conseillers occultes ont jugé la ficelle grosse et lui ont conseillé de soutenir Bikimo. Cédant à contre cœur, il a instruit à ce que c'est son fils qui sera décoré par le Président intérimaire malien et non Bikimo.
La non désignation d'un tchadien à la tête de la Minusma ne dérangeait pas Deby, mais le fait qu'un rwandais soit préféré à son poulain l'a beaucoup agacé. Il n'est un secret pour personne que Deby et Kagamé se vouent une haine féroce.
Cette source fait cas aussi du malaise ressenti par Deby au moment de la remise du prix Houphouët-Boigny au siège de l'UNESCO à Paris. Deby qui pensait être cité à défaut de décoration, a été totalement ignoré ce qui a déclenché en lui un profond courroux, une colère folle, voire une fureur inexprimable. Depuis ce jour, selon cette même source, Deby, tapis dans l'ombre, manigançait, préparait ses manœuvres pour saboter le succès de Hollande en terre malienne.
Alors l'impensable fut franchi. Au moment où le monde entier se félicitait de la décapitation d'AQMI, Deby demande à sa milice de laisser la ligne nord et faire mouvement vers le sud. Dans une armée, au sens du mot, une telle désertion sera lourdement sanctionnée. Même si le châtiment des fameux mutins de 1917 par Nivelle est d'un autre âge.
Répondant aux questions des journalistes, Deby accuse l'ONU et dédouane les mutins, révélant ainsi au monde entier non seulement qu'il l'a organisée mais approuve la mutinerie. Tout le monde sait que l'unité commandait par le fils Deby obéit au doigt et à l'œil au Président tchadien. Ce n'est pas pour une sombre histoire de salaire qu'elle va contrevenir à la volonté d'Idriss Deby.


Ahmat Youssouf

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir