Les relations entre la France et le Tchad, combien séculaires, sont mises à mal, du moins, de plus en plus dénoncées non seulement par les organisations des droit de l'homme et les sociétés civiles, mais aussi évoquées dans des affaires pendantes devant les juridictions françaises. Parler de relations franco-tchadiennes est un peu excessif, il faut plutôt aborder les relations d'un certain milieu occidental en général et français particulier, et le despote tchadien Idriss Deby. Deux affaires jugées actuellement par la justice française illustrent d'une manière significative la complexité de cette relation vicieuse. La 1ère est la disparition de l'opposant Ibni Oumar Mahamat saleh le 02 février 2008 et l'arrêt de la chambre d'appel permettant l'ouverture d'une enquête judiciaire en France. La seconde s'est déroulé au même moment mais concerne un marchand d'arme français allié d'Idriss Deby, affaire pour laquelle le parquet de Paris a requis une condamnation avec sursis et Plus de trois cents milles euro d'amendes.


Quand l'affaire Ibni s'invite au défilé 14 juillet
Suite à la disparition de l'opposant Ibni, sur pression internationale, une commission d'enquête a été créée et qui a conclu ses travaux par une mise en cause claire et nette de la garde prétorienne d'Idriss Deby. Tout le monde savait cette vérité mais hélas cela n'a pas empêché, le monde qui se dit démocratique et libre de s'allier à une milice clanique et tribale pour aller combattre AQMI et ses alliés au nord Mali. La négation des valeurs démocratiques, le bâillonnement de la presse, la répression brutale et implacable sur les opposants etc... nous permettent-ils de s'allier avec Deby? Malgré le cri d'alarme de l'opposition interne comme celle exilée, les milieux acquis à Idriss Deby ont fait la sourd oreille et ont ficelé le dossier et avançaient comme principal argument l'aguerrissement de la milice de Deby pour combattre les obscurantistes. S'il faut avancer le caractère guerrier de cette milice pour s'allier à elle en mettant à coté toute valeur républicaine, nous connaissons d'autres milices, plus aguerries que celle-ci, expertes en nettoyage en milieux désertiques, les fameux Janjawides soudanais. Devons nous faire appel à eux aussi? La réponse est incontestablement non, car lorsqu'on s'allie au diable, il se retournera contre nous et là, l'histoire nous a donné raison : deux mois après le Mali, Deby invente un putsch pour arrêter des députés sans qu'on lève leurs immunités. Comment il ne se permettrait pas cette petite transgression, lui le vainqueur des Ifogas, même si tout le monde sait qu'avec les moyens déployés par la France même l'armée malienne, fantoche soit-elle, aurait pu faire l'affaire. La suite logique de ces évènements est l'invitation de toutes les armées qui ont participé à la guerre aux défilés du 14 juillet. Les tchadiens qui ont payé le prix fort doivent être les premiers à être associés eu égard à la forfaiture des soldats de la sous région. Défiler aux champs n'est pas inédit car la garde nomade tchadienne a défilé avec ses habits blancs en 2010. Mais aujourd'hui il y a un hic. Ceux qui sont partis combattre au Mali sont ceux la même qui ont enlevé Ibni de chez lui (même unité). Est-ce qu'ils seront entendus comme témoins par l'enquête ouverte en France?


Un marchand d'armes trop bavard

Dans le ciel du Tchad, les avions de Griffon Aerospace (compagnie d'Habib Boukharouba) sont précédés par les Mirage de l'armée française. Au sol, ils sont alimentés par le service des essences de l'armée. En 2008, quand Habib Boukharouba quitte le pays, il a donc le sentiment du devoir accompli

Dans cette affaire un ancien officier français converti dans les ventes des armes évoque sa proximité avec la force française au Tchad de 2005 à 2008. Habib Boukharouba, propriétaire d'une société Griffon Aerospace, a été introduit au palais rose de N'djamena par un certain Abakar Mannany, conseiller spécial de Deby à l'époque. L'ancien pilote des services spéciaux de l'armée de l'air française met à profit non seulement son carnet d'adresses pour acheter des avions et hélicoptères, ses connaissances techniques pour transformer des petits avions en bombardiers redoutables mais répare aussi les vieux joujoux dont dispose Deby pour combattre la rébellion. Son malheur commence lors de l'alternance au sein de la droite française avec l'arrivée au pouvoir de Sarkozy et le départ de Chirac. Très vite sa demande d'officialisation de sa société est rejeté ce qui entraine de facto l'illégalité de toutes les opérations effectuées au Tchad. Il se trouve aujourd'hui devant la justice. Il invoque la collaboration avec l'armée française au Tchad. « Dans le ciel du Tchad, les avions de Griffon Aerospace (compagnie d'Habib Boukharouba) sont précédés par les Mirage de l'armée française. Au sol, ils sont alimentés par le service des essences de l'armée. En 2008, quand Habib Boukharouba quitte le pays, il a donc le sentiment du devoir accompli », selon le nouvel observateur. Les juges parviendront-ils à faire la différence, ne serait-ce que pour les carburants offerts aux avions d'Habib Boukharouba qui, rappelons le, est gracieusement payé par Deby ?
Tel est le résumé des relations franco-tchadiennes aujourd'hui. Elle est ramenée au niveau d'un individu : Idriss Deby. Animée par des lobbies fascinés uniquement par l'argent et le gain facile.

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