Le 21ème Sommet des Chefs d'Etats Africains de Mai 2013, commémorant le cinquantenaire de l'Union Africaine, a été bien un sommet pour rien.
L'Union Africaine(UA), héritière de l'Organisation de l'Unité Africaine(OUA), semble avoir totalement perdu de vue les ambitions légitimes de l'OUA, à savoir l'unité du continent par l'intégration politique, économique et sociale tout en maintenant la paix et la dynamique du développement, la libération totale de l'Afrique de toute domination coloniale. Notre organisation panafricaine s'est progressivement transformée en un syndicat des chefs d'Etats et ses grandes ambitions de ses pères fondateurs ont déserté l'esprit de leurs successeurs. Elle vient de démontrer par ce 21ème sommet, après cinquante ans d'existence, l'incapacité, le manque du courage politique des gouvernants à affronter les vrais problèmes de l'Afrique du 21ème siècle, c'est-à-dire l'appauvrissement grandissant des populations et l'insécurité galopante dans la plupart des régions, le manque criant des perspectives de développement et l'absence du continent africain dans le traitement des grandes questions qui touchent l'avenir de la Communauté Internationale. Au lieu de s'arrêter un moment, faire le bilan des succès et des échecs au cours du demi-siècle écoulé, les chefs d'Etats, ces véritables syndiqués de l'UA, se sont ingéniés à trouver des échappatoires et alibis pour éluder les très dures réalités de la vie des peuples africains en lutte contre la pauvreté extrême, la mauvaise gestion des richesses existantes, l'insécurité galopante et la mauvaise gouvernance.
Les africains savent également que tous les maux actuels du contient sont les faits du non-respects des droits fondamentaux de l'homme, de l'absence de la justice, de la liberté, de la démocratie et aussi la pérennisation de la mauvaise gouvernance, qui sont les causes de tous les extrémismes, de toutes les violences aveugles entre personnes humaines ou des guerres entre les Etats. Les dirigeants africains auraient dû se rendre compte, qu'après cinquante ans d'existence, l'UA n'a pu résoudre aucun problème africain, aussi petit fût-il, chercher donc les raisons profondes de ces échecs et les solutions adéquates aux problèmes réels existants, au lieu de s'employer pour abuser de l'opinion africaine et internationale par des manœuvres dilatoires aux seules fins de se dérober à ses responsabilités ou de chercher des responsables imaginaires de leurs propres manquements.
Les africains ont en mémoire les conflits meurtriers Ethiopie-Somalie, Ethiopie-Erythrée, Tchad-Libye, de Somalie, du Libéria, de Sierra-Léone, du Congo, du Rwanda, du Burundi, du Soudan, de Libye, celui en dernière date du Mali, que l'OUA ou l'UA n'a apporté aucune contribution ni dans la recherche des solutions de tous ces drames, ni dans le cadre de la décolonisation de certaines parties du continent.
Alors créer une force dite «Force Africaine d'intervention Rapide» n'est-il pas une résolution de plus? Quelle serait la mission ou les missions d'une telle force?
Protéger les potentats africains en cas de menace par leurs peuples en lutte pour la justice, la liberté, la démocratie et un devenir meilleur? Contre une menace extra-africaine, inexistante? Aucune justification pour cette création. Notre organisation panafricaine ne demandera-t-elle pas honteusement à la communauté internationale des moyens de fonctionnement de la dite force?
Au regard de ce qui se passe au Mali, les dirigeants de l'UA se sont donné la mission de combattre l'intégrisme musulman, sans imaginer que la montée de l'islamisme militant et de toutes les violences sont quelques-unes des résultantes logiques du non-respect des droits fondamentaux de l'homme, de l'absence de la liberté, de la justice, de la démocratie et des perspectives de développement face à la pauvreté extrême des populations africaines.
L'Afrique est aujourd'hui plus inquiète de son avenir qu'il y a cinquante ans; l'autre grande inquiétude est que la majorité écrasante des africains ignore l'existence de l'UA et les rares favorisés qui la connaissent n'y croient plus parce que cette institution n'appartient pas aux peuples d'Afrique mais à leurs dirigeants.
Dans tous les cas, aucune nouvelle force africaine ne pourrait venir assurer la sécurité en Afrique si nous savons que quelques centaines d'islamistes moyennement armés ont défait une armée malienne formée en cinquante années comptant des milliers d'hommes et que les armées de la CEDEAO n'ont pas pu empêcher ces groupes de prendre tout le Mali.
Aussi, condamner bruyamment la Cour Pénale Internationale(CPI) pour ses actions de poursuite des auteurs des crimes contre l'humanité est bien une preuve de plus d'une volonté de protéger ces dictateurs sanguinaires ayant commis et continuent à commettre encore des crimes contre l'humanité dans leurs propres pays.
Nos syndiqués de l'UA oublient que les droits à la vie, à l'épanouissement et au bonheur de l'homme n'ont pas des frontières et que chacun de nous humains a le devoir, l'obligation de protéger la vie de son semblable où qu'il soit sur la terre.
Les dirigeants de notre continent doivent savoir, s'ils ne le savent pas apprendre, que les peuples africains condamnent autant les extrémistes religieux que les potentats sanguinaires, sinon plus ces derniers que les premiers.
Enfin l'Union Africaine pourrait-elle, dans un avenir proche, se remettre en cause, se regarder dans son rétroviseur après cinquante années d'échecs sur tous les plans, s'amender, se corriger et s'améliorer pour repartir d'un nouveau et bon pas comme l'avaient voulu ses pères fondateurs?

Le 1er Juin 2013.
Mahamat Hassaballah
A N C D

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