Je suis comme un cueilleur de champignons, se décrit Michel Brunet. J'ai mis vingt ans à découvrir un coin où pousse un hominidé ancien et j'y reviens chaque année pour en trouver de nouveaux. » Son terrain de fouille couvre un territoire infini de dunes éparses au nord du Tchad. Ce désert figure parmi les plus éprouvants de la planète, balayé par d'incessantes tempêtes de sable et des amplitudes thermiques quotidiennes de plusieurs dizaines de degrés. Au total, 2,5 millions de kilomètres carrés de solitude où le scientifique a usé plusieurs panoplies de baroudeur pour quadriller minutieusement le terrain.

« J'ai ratissé ce sol brûlant des milliers d'heures sans jamais rien trouver », se souvient-il. Jusqu'à ce jour de 1994. A 2.500 km de la vallée du Rift où l'on croyait être l'origine de l'homme, des couches géologiques anciennes mises au jour par le vent vont livrer au chercheur deux crânes primitifs d'hominidés, Abel puis Toumaï (daté de 7 millions d'années, soit plus du double de Lucy), et avec eux les restes fossiles d'une douzaine d'individus. Sans doute la plus ancienne famille humaine... Depuis cette première découverte, les scientifiques ont identifié plus de 500 sites du même âge dans la partie occidentale de l'erg dunaire du Djourab. Michel Brunet en a tiré une hypothèse révolutionnaire : l'homme ne serait pas né dans la savane comme le suggérait la théorie de l'East Side Story, mais dans une forêt clairsemée par le réchauffement climatique qui aurait contraint Toumaï et ses congénères à pousser plus loin leur quête de nourriture, sur deux pieds pour ramener au clan le fruit de leur cueillette dans leurs mains libres.

Source: les Echos 

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