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  • Le mouvement patriotique du salut (MPS) et sa cohorte des zakawa soudanais avec à sa tête Idriss Deby Itno est arrivé au pouvoir depuis 1990. L'histoire du Tchad ne commence pas à cette date. Elle ne peut être travestie par des gens qui n'ont jamais connu ce pays et ses habitants encore moins par ceux qui, en mal de reconnaissance essaient de véhiculer un message tronqué et souvent ridicule pour masquer leur passé peu glorieux. La communauté BOROGAT, à l'instar de beaucoup des communautés tchadiennes, a particulièrement subi des coups de toutes sortes, répétés sans cesse visant uniquement à l'affaiblir, mais sa fierté et sa dignité résistent et résisteront à tout et pour toujours. En effet la communauté BOROGAT, de par son histoire et sa situation géographique, est fière d'appartenir au groupe BERI et en même temps au groupe GORANE parce qu'elle est une communauté composée de dignes nomades issus de plusieurs ethnies venues de divers horizons, peupler l'Ennedi qui est une région charnière entre le nord-est et nord-ouest du Tchad. Avant l'arrivée du colonisateur, quatre grandes tribus BOROGAT quittaient l'Ennedi avec des caravanes chargées du natron pour nouer des alliances avec le sultan du Ouaddaï. Ce dernier leur chargeait en retour du mil et ainsi les échanges continuèrent jusqu'à l'arrivée du colon qui créa le canton BOROGAT avec FADA son fief historique comme chef lieu. En ce temps on ne parlait non seulement pas de canton BILIA parce qu'il n'existait pas, mais personne ne connaissait ce qu'on appelle BILIALA. Les GORANE en général et les BOROGAT en particulier commerçaient et avaient des contacts avec le sultan de DAR-ZAKAWA et ses administrés. Ceux là, sont des vrais ZAKAWA, comme disait l'autre. On doit rappeler à titre d'illustration le livre du docteur Bichara Idriss Haggar dont le titre est : Tchad (témoignage et combat d'un exilé) qui disait ceci « les BILIALA sont des gens caractérisés par un esprit d'anarchie ...isolés dans une sorte de no man's land, sans contact avec les populations avoisinantes, ayant pour activités favorites : la razzia » l'auteur continue et cite cette fois-ci Claude Durant qui dit « ils tiraient gloire des vols commis au détriment d'étrangers » tout est dit, quant on scrute la gestion au quotidien des biens, des personnes et des capitaux par Deby et les siens, on se rend compte qu'il y a dans la manière d'agir, une suite logique, pathologique et même comportementale de ce qu'ils sont réellement. Ceci est révélateur de la gestion chaotique de l'Etat Tchadien, comme des habitus on passe souvent aux actes. Natif du B.E.T, il serait indigne pour nous d'évoquer ici le pédigrée d'un certain Idriss Deby Itno ou même son évolution de Amdjarass à Faya en passant par Fada et tout le reste, les historiens Tchadiens s'en chargeront parce que ce monsieur est devenu président de la république du Tchad. Pour ceux des tchadiens qui connaissent l'histoire de Deby avec les BOROGAT, les problèmes de cette communauté n'ont pas commencé avec la mort du frère de Allafouza Loni. Un an après son arrivée au pouvoir Deby disait à son entourage restreint que « les BOROGAT m'ont fait souffrir dans ma vie antérieure, c'est l'occasion de leur montrer de quoi, je suis capable » confidence du Général Mahamat Saleh Brahim, qui jubilait ainsi pour montrer sa satisfaction pour le fait que lui aussi avait souffert et qu'il est temps de se venger contre l'ethnie BOROGAT, c'est ce qui explique le chômage quasi-général de l'ensemble des cadres civils et militaires. Toute cette guerre à cette communauté ne l'empêche pas, toute honte bue, de faire appel aux officiers BOROGAT chaque fois qu'il est en difficulté, en employant souvent sa consanguinité (gourkoulla, archida, mahamia) pour convaincre les militaires. Il en est ainsi de combat avec le MDD, de l'affront des Zakawa en 1992, de la guerre avec le MDJT et enfin avec la rébellion de l'Est du Tchad. Cette remarque succincte est faite, suite aux interrogations suscitées par la libération des assassins du frère de Allafouza Loni et la réaction du président quand ses proches lui ont rapporté que le gendarme tué est un BOROGAT. Au-delà de ce petit rappel et surtout de la nature réelle de ces vandales qui sont au pouvoir, que vaut la vie d'un sous-officier de gendarmerie fut-il en faction, tué par un bandit par rapport aux 24 ans de pillage, de tuerie, de viol et de gangstérisme d'un Etat sur son peuple avec la bénédiction d'une communauté internationale passive sinon complice? La question est posée.

     

    Fait à N'djamèna le 27 mars 2014
    Jeunesse ARDACHI

  • Une véritable bombe que vient de lâcher la députée PDS (opposition sénégalaise), Fatou Thiam, sur une possible compromission de l’actuel premier ministre, Aminata Touré, de détournement et corruption sur l’affaire Habré.

    Il faut se rappeler que Mimi Touré était garde des sceaux au moment de la visite de Padaré au Sénégal pour signer un accord de coopération judiciaire. Idriss Deby avait alors débloqué plusieurs milliards de francs pour l’occasion. La députée de l’opposition sénégalaise se pose la question sur la destination réelle de cet argent. Lors d’une émission de télévision, elle n’a pas hésité à lancer : « C’est Aminata Touré qui devait être à la place d’Aida Diongue. Nous lui demandons de clarifier l’argent qu’elle a reçu d’Idriss Déby. Elle a déclaré avoir encaissé des milliards de FCFA dans le cadre du procès Habré. On ne sait pas où est cet argent »

    Padaré l’acolyte de Dame Touré dans cette affaire, a connu d’infortunes diverses, et est incarcéré à Amsinéné quartier de haute sécurité. 

     

    LA REDACTION

  •  L’affaire Karim WADE soulève de graves inquiétudes sur la légalité et l’impartialité de la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI). Pis, le Conseil Constitutionnel sénégalais vient de valider la loi sur la CREI, qui fait peser une présomption de culpabilité sur les personnes mises en cause. Cette violation du droit international ne traduit-elle pas un caractère politique pour cette juridiction spéciale?

     L’injustice d’une justice fondée sur une présomption de culpabilité.

    Par sa décision du 05 mars 2014 le Conseil Constitutionnel a déclaré conforme à la constitution les lois réprimant l’enrichissement illicite et organisant la CREI. S’il est plausible que les droits de la défense n’emportent pas un droit de faire recours contre tous les actes de la procédure pénale (garde à vue, perquisition, inculpation, etc.), il est alarmant de constater que le Conseil Constitutionnel valide la présomption de culpabilité qui caractérise la CREI. Pour les sages, à partir du moment où la présomption de culpabilité souffre la preuve contraire, elle est légale. Cela rappelle le système inquisitoire : vous êtes coupable jusqu’à ce que vous prouviez que vous ne l’êtes pas. Il est inadmissible que le Conseil Constitutionnel tolère que le législateur puisse violer, même exceptionnellement, les textes internationaux qui font partie du droit sénégalais. Cela revient à autoriser le législateur à violer la Constitution, qui consacre la primauté du droit international sur le droit interne. Sauf à se contredire, la Cour suprême ne devrait pas suivre cet avis surréaliste dans le fond de l’affaire. Elle est en droit, en tant que juge de l’application de la loi, de veiller à l’application des normes de droit international  sans demander la permission du juge Constitutionnel : le juge judiciaire est compétent pour appliquer le droit international conventionnel à la place de la loi interne. L’applicabilité et l’invocabilité directe du droit international et africain par les prévenus s’imposent au juge constitutionnel. Il ne peut y déroger sans violer lui-même la constitution. Les personnes poursuivies par la CREI devraient soulever le grief tiré de l’incompétence négative du législateur, qui accorde trop de pouvoir à l’Etat, lui permettant d’influencer le fonctionnement  de cette juridiction par la voie réglementaire.

    La CREI, une juridiction spéciale en sommeil depuis 1983, ressuscitée en 2012, susceptible d’être incinérée à partir de 2014 pour renaître de ses cendres en mode CRIEF.  

    En tant que juridiction ad hoc, la CREI (Qui pourrait devenir la CRIEF : Cour de Répression des Infractions Economiques et Financières) a été ressuscitée après un long sommeil.  Le fait que l’exécutif puisse appuyer sur un bouton ON/OFF pour réactiver ou réinventer à sa guise un organe de répression ; le rôle important et l’influence que peut avoir en amont le ministre de la justice, ne remettent-ils pas en cause l’indépendance de la CREI ? Les juridictions spéciales égratignent régulièrement l’impartialité de la justice. Leur normativité exceptionnelle les éloigne de la normalité judiciaire. Les soubresauts dans  l’affaire Karim WADE en témoignent. Pourquoi soumettre une affaire pénale à une juridiction spéciale, alors que les dispositifs juridiques et judiciaires qui  existent déjà permettent d’appréhender les faits criminels poursuivis ?  Il existe déjà dans le droit pénal des incriminations permettant de sanctionner ceux qui s’enrichissent illégalement.  Il est en ainsi  du vol, du recel, de l’abus de confiance, de la corruption, de l’escroquerie, du faux et de l’usage de faux, de la corruption, du trafic d’influence, de l’abus de bien sociaux, du blanchiment de capitaux, de la fraude fiscale, etc. Les juges sont bien  rodés dans la répression des ces infractions, et n’ont pas  besoin d’une juridiction spéciale pour bien faire leur travail.  Si vous êtes dirigeant ou agent d’un organisme public, d’une société privée subventionnée par l’Etat ou chargée d’exécuter une mission de service public,  d’un organisme à but non lucratif reconnu d’utilité publique, vous êtes coupable si, après mise en demeure, vous ne pouvez pas prouver la licéité des ressources qui vous permettent  d’avoir un patrimoine ou de mener un certain train de vie. Cette méthode de traque des délinquants financiers peut être facilement détournée à des fins politiques. Elle n’est pas conforme au droit international.

    La CREI, une juridiction illégale au regard du droit international.

    L’actuelle définition du délit d’enrichissement illicite est un fourre-tout dangereux, qui piétine éperdument la présomption d’innocence. En cela, la loi sur la CREI viole les articles 6 et 7 de la charte africaine des droits de l’homme qui consacrent cette présomption d'innocence et garantissent le droit à un procès juste et équitable. Le droit communautaire africain constitue un nouvel ordre juridique qui s’impose au Conseil constitutionnel. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et son premier protocole additionnel ont été ratifiés par le  Sénégal depuis 1978, et font partie de son corpus législatif. Non seulement les personnes poursuivies par la CREI peuvent invoquer directement leurs dispositions devant les juridictions sénégalaises,  mais encore elles peuvent s’y appuyer pour dénoncer l’illégalité de la CREI devant les instances onusiennes. En effet, conformément au Pacte, quand Karim WADE et Cie auront épuisé toutes les voies de recours internes  pour contester la légalité de la CREI,  ils pourront  directement porter plainte devant  le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies pour dénoncer la violation  de leurs droits fondamentaux. Ils pourront brandir l’article 9 du Pacte, dans la mesure où toute détention ordonnée par une juridiction illégale, au regard du droit fondamental, est arbitraire ; de même que l’article 14 du Pacte et l’article 11 de la déclaration universelle des droits de l’homme  de 1948 qui sacralisent la présomption d’innocence et les garanties nécessaires à la défense.  La contestation portant sur la violation d’un traité est recevable devant le Conseil constitutionnel, au même titre que la violation de la Constitution. Et s’il y a non-conformité entre une norme internationale et une norme constitutionnelle, cette dernière doit être écartée. Cette démarche, et la saisine du Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies, sont deux cartouches que Karim WADE et consorts pourront dégainer pour faire tomber la CREI sur le champ de la bataille internationale.

    S’il ne fait aucun doute que Karim WADE doit répondre des accusations de malversations financières portées contre lui, on peut légitimement se demander si le choix de la CREI pour connaître de l’affaire répond à des impératifs strictement judiciaires. Est-ce une affaire judiciaire mêlée de velléités politiques comme le prétendent des soutiens de Karim WADE ?  Est-ce une manipulation politicienne visant à écarter un adversaire gênant ou à se venger des écarts du régime de WADE ? L’avenir proche nous le dira.

    Aliou TALL 
    Président du RADUCC (Réseau Africain de Défense des Usagers, des Consommateurs et du Citoyen) 
    Email : raducc@hotmail.fr

  • Depuis les évènements de la Centrafrique et l’élection domicile au Cameroun par Bozizé, les relations tchado-camerounaises ne sont pas au beau fixe. Idriss Deby ne voit pas d’un bon œil la présence de l’ex homme fort de Bangui à Yaoundé. Il faut signaler aussi que Douala est, aujourd’hui, le seul port de transport des marchandises vers le Tchad depuis que l’Est nigérian est déstabilisé par Boko Haram. Et comme les autorités camerounaises n’ont pas prêté une oreille attentive aux sollicitations de Deby de voir Bozizé partir, il serait à la recherche d’un autre point d’accès à la mer.

    Selon nos correspondants dans le gouvernorat de la mer rouge, Est du Soudan, Idriss Deby a effectué une visite de 48 heures dans la région en compagnie du soudanais Oumar Béchir. Selon nos sources, la visite était essentiellement consacrée aux installations portuaires, aux voies de communications et aux infrastructures de transport des biens.

    Oumar Béchir a montré à son homologue lors de cette visite la capacité des installations maritimes soudanaises à accueillir les trafics commerciaux tchadiens.

    Les deux présidents ont tenu lors de la visite des discussions officielles, portées sur les relations bilatérales et les moyens de les améliorer en mettant l'accent sur ​​l'importance du développement des relations commerciales entre Khartoum et N'Djamena, et comment tirer parti des ports maritimes de la mer Rouge pour faciliter le trafic commercial.

    Il faut rappeler que le pétrole tchadien aussi transite par Kiribi non loin de Douala.

     

    De notre Correspondant à Sawakine, Est Soudan, Al Hadandawi.

  • La 3ème édition du festival « CINÉ AFRIQUA 86 », promu par le Conseil Général de la Vienne, se tiendra en France du 12 au 16 mars 2014. Le RADUCC (Réseau Africain de Défense des Usagers, des Consommateurs et du Citoyen) participe au Festival et animera des débats après la projection de longs métrages tels que PARIS MON PARADIS de la burkinabé Eléonore YAMÉOGO, marraine du festival, ou LA PIROGUE du sénégalais Moussa TOURÉ.

    Une initiative salutaire pour l’internationalisation de la culture et du Cinéma africains

    Ce festival apporte une démarche originale et interactive, dans la mesure où il chine des films africains de qualité pour les faire connaître au grand public ; et qu’il allie projections et débats sur les problématiques africaines. Il promeut les échanges entre différents acteurs du cinéma africain, le public français et africain ; et des spécialistes des questions auxquelles l’Afrique est confrontée. Pour cette troisième édition, 18 pays africains sont à l’honneur avec 24 films, dont plusieurs ont été primés au FESPACO 2013 et à d’autres festivalsen Europe et en Amérique du Nord. Les films choisis ont la commune particularité de mettre l’accent sur une description réaliste de l’Afrique; de ses habitants et de sa diaspora. Approche qui fait ressortir d’épineuses questions de société.  La qualité des films projetés et les débats qui suivent permettent au cinéma africain de laisser une empreinte indélébile dans l’hexagone et en Europe.

    L’immigration au cœur du festival

    La réalisatrice burkinabé Eléonore YAMÉOGO, marraine du festival et auteur du film PARIS MON PARADIS, donne une nouvelle impulsion au 7ème art africain par sa vision réaliste et immersive. Elle a été récompensée au FESPACO, en France et au festival Vues d’Afrique de Montréal. Son film PARIS MON PARADIS décrit sans tabou la réalité souvent amère des africains à Paris, déçus du rêve de l’eldorado européen. Elle fait une profonde immersion dans le quotidien d’immigrés pour qui les portes du « paradis » parisien ne sont pas ouvertes. Loin de la réussite rapide et facile espérée, ils sont contraints de nourrir le mythe, en veillant à ce que la société d’origine ne découvre pas la galère à laquelle ils sont confrontés en Europe. Alors, ils doivent faire toutes les débrouilles pour continuer à envoyer de l’argent aux proches et à préparer un retour princier, une apparence provoquée pour dissimuler la réalité.

    A travers son film LA PIROGUE, Moussa TOURÉ décrit avec objectivité l’aventure périlleuse de jeunes africains qui empruntent des embarcations non adaptées pour rejoindre clandestinement les portes de l’Europe par les Îles Canaries en Espagne. Depuis un village de pêcheurs de Dakar, des jeunes risquent leurs vies en prenant la route de l’exil par une pirogue de pêche.

    Moments forts des projections suivies de débats sur les questions migratoires

    -          Cérémonie d'ouverture au Futuroscope de Poitiers, le mercredi 12 mars 2014 à 18h30 : Projection du film PARIS MON PARADIS d’Eléonore YAMÉOGO, suivi d’un débat animé par la réalisatrice et Aliou TALL, président du RADUCC.

    -          Le jeudi 13 mars  à l’Université de Poitiers (Maison De l'Étudiant) :

    • 14h :PARIS MON PARADIS, suivi d’un débat avec la réalisatrice Eléonore YAMÉOGO  et Aliou TALL, président du RADUCC.
    • 21h : LA PIROGUE, suivi d’un débat avec le réalisateur Moussa TOURÉ, Eléonore YAMÉOGO et Aliou TALL président du RADUCC.

    D’autres films africains seront projetés dans plusieurs villes de France : Le secret de l’enfant fourmi (Bénin),  Nuit de noces (Togo), Dialemi (Gabon), Por aqui tudo bem (Angola), Kinshasa kids (Congo), Malagasy Mankany (Madagascar), Virgem Margarida (Mozambique), Aya de Yopougon (Côte d’Ivoire), Et si l’on s’unissait (Guinée), Woodstock in Timbuktu (Mali), Les souliers de l’Aïd (Tunisie), etc.

    Le RADUCC encourage cette initiative du Conseil Général de la Vienne,  et invite les gouvernements africains à suivre le pas pour offrir aux créateurs cinématographiques africains des fenêtres d’expression et de visibilité internationales. Le dynamisme et la diffusion de la culture africaine peuvent jouer un rôle important dans le redressement économique de notre continent.

    Aliou TALL,

    Président du RADUCC

    (Réseau Africain de Défense des Usagers, des Consommateurs et du Citoyen)

    Email : raducc@hotmail.fr

  • L'acharnement d'Idriss Deby contre son ex ministre de la justice dépasse l'entendement. Passer sous silence le traitement juridiquement attentatoire et moralement odieux que subit Padaré ces derniers temps est inadmissible, même si ce dernier, au sommet de son éphémère gloire, n'a pas hésité à exercer une répression inouïe contre des journalistes et des députés.

     

    L'arrestation de Padaré est inconstitutionnelle
    La Constitution taillée sur mesure pour le potentat de N'djamena stipule dans son article 174 paragraphe1 : « La Haute Cour de Justice est compétente pour juger le Président de la République et les membres du Gouvernement ainsi que leurs complices en cas de haute trahison ». Dans un second paragraphe, la constituante (c'était la conférence nationale) précise ce que la haute trahison : «Constitue un crime de haute trahison, tout acte portant atteinte à la forme républicaine, à l'unicité et à la laïcité de l'Etat, à la souveraineté, à l'indépendance et à l'intégrité du territoire national». Il faut aller au 3ème paragraphe pour les textes mettant à nu les poursuites contre Padaré. Le paragraphe3 énonce : «Sont assimilés à la haute trahison, les violations graves et caractérisées des droits de l'homme, le détournement des fonds publics, la corruption, la concussion, le trafic de drogues et l'introduction des déchets toxiques ou dangereux, en vue de leur transit, dépôt ou stockage sur le territoire national». Tout est dit, le cas Padaré est du ressort de la Haute Cour.

    Il faut rappeler que la Haute Cour est composée de:

    • dix (10) députés ;
    • deux (2) membres du Conseil Constitutionnel ;
    • trois (3) membres de la Cour Suprême.

    Les membres de la Haute Cour de Justice sont élus par leurs pairs respectifs

    On est tenté de se demander si le procureur n'est pas entrain de règler ses comptes avec Padaré. Mais selon certaines personnes très introduites au palais rose, rien que le fait d'avoir renommé ce procureur à cette place au moment où Padaré est compromis sur l'affaire Bachir, fait de Deby, de facto, le principal commanditaire.
    Selon les informations qui nous parviennent d'Am Sinéné, Padaré est souffrant, sérieusement atteint. Il aurait laissé entendre qu'on ne lui connait aucun antécédent sanitaire et ne souffre d'aucun trouble psychique (aucune intention de suicide).
    Face à l'arbitraire organisé à l'aide des institutions de la République, la situation sécuritaire est plus que critique.

     

    Résurgence de l'insécurité au Tchad
    La recrudescence de l'insécurité au Tchad ce dernier temps a atteint son paroxysme avec l'assassinat du praticien de la médecine douce, Dr Néhémie Mbaiatelbeye, pour voler sa moto. Cette situation rappelle à certain d'entre nous, le Tchad des années 1988-89. Pour déstabiliser le régime de l'époque, on a commencé par braquer, de nuit, les motards, cambrioler les paisibles citoyens, pour instaurer une situation de panique généralisée. Si certains voient les mains de quelques mécontents encagoulés tapis dans l'ombre manigançant et complotant contre Deby, d'aucuns imputent cette situation au despote lui-même qui, cherchant à étouffer tout désir de changement sous cette véritable chape de plomb, rétablit la situation par la suite et se comportera en héros incontournable. Comment expliquer la nomination d'une personne suspectée de collusion avec les coupeurs de routes à la tête de la police?

     

    Ahmat Youssouf

  • Adopté en Conseil des Ministres en sa séance du 2 octobre 2003, le code régissant le marché public tchadien fixe, en son article 1er paragraphe 1, non seulement ses champs de compétences mais aussi détermine, explicitement, sa faculté de lutter contre les malversations, de prévenir les fraudes, voire de conciliation en cas de litige. Au quotidien, les réalités sont toutes autres. Pour bien cerner le degré de corruptions et de détournements qui s'y opèrent, il faut voir le processus de lancement des appels d'offres organisé par les Commissions d'Ouverture et de Jugement des Offres (COJO), d'un coté, et l'Organe Chargé du Marché Public de l'autre, pour bien circonscrire les différents aspects de subornations. Nous allons nous épargner l'amont du processus allant de la constatation du besoin jusqu'au montage du marché, même si, parfois, on crée des besoins fictifs pour organiser et gagner des marchés souvent non exécutés. Nous devons aussi vous préciser que nous ne traitons que les appels d'offres non restrictifs, laissant les marchés techniquement sélectifs (faisant appel à des compétences particulières).

     

    Les Commissions d'Ouverture et de Jugement des Offres (COJO)
    Il est crée dans chaque ministère une COJO qui procède publiquement aux ouvertures des plis d'offres des soumissionnaires. A ce niveau, la démarche est purement administrative et consiste à vérifier la conformité des dossiers d'offres. A part le SG du ministère concerné par le marché (autorité contractante) président la séance, il peut y avoir aussi les représentants du SGG (OCMP), ministère des finances, etc., bref tous ceux qui sont concerné par ce marché (parfois des bailleurs quand c'est eux qui financent). Le code du marché énonce clairement que «Lors de cette séance le nom de chaque candidat, le montant de chaque offre et le cas échéant des rabais proposés sont lus à haute voix». A cette phase, disons de «salamalec», où, même si certains faisaient correctement leur travail, d'autres notaient précieusement dans leurs carnets les coordonnées des soumissionnaires. Et du coté des soumissionnaires également on repère pour rendre des visites nocturnes à domicile. Après cette séance, copies des plis des soumissionnaires repartis, le véritable travail d'attribution, appelée phase technique, commence. Les dossiers sont traités par une sous commission de la COJO, appelée la Sous Commission Technique d'Evaluation.

     

    Sous Commission Technique d'Evaluation (SCTE): la machine à gaz
    Elle détermine dans un premier temps l'éligibilité non seulement de l'offre, mais aussi du soumissionnaire afin d'écarter les indélicats (ceux qui n'ont pas honoré un engagement par exemple). De dires de certains, on n'a jamais écarté un soumissionnaire pourtant ce n'est pas par manque d'indélicats véreux. Cette étape franchie, l'analyse s'oriente vers les aspects techniques (conformité de l'offre technique du soumissionnaire avec le dossier de l'autorité contractante), et l'aspect administratif (la situation financière, fiscale et administrative).
    Analyses Téchniques : Il s'agit de voir si les travaux ou prestations proposés par les soumissionnaires sont conforment avec les attentes de l'autorité contractante. S'il s'agit des travaux publics, une liste détaillée des matériaux concourant à la réalisation des travaux, exprimés en quantité et valeur, doit être jointe au dossier. La SCTE doit analyser poste par poste, et si nécessaire corriger les erreurs afin de donner la vraie valeur de l'offre. S'il s'agit des prestations de service ou fourniture de biens, la cherche de conformité doit être la règle déterminante.
    Analyse de la situation financière, fiscale et administrative: Il s'agit de voir la situation financière du soumissionnaire, s'il est apte, financièrement à exécuter ce marché. Mis à part une caution bancaire demandée, les bilans et les résultats de 5 derniers exercices aussi sont exigés. Une analyse financière peut permettre à débusquer ceux qui sont fragile financièrement ou présente une situation d'endettement. Pour l'expérience et la compétence à réaliser ce marché, on demande également des attestations de bonne fin d'exécution pour des œuvres similaires.

    Les falsifications dans les dossiers:
    Les outils sont là, mais le problème c'est que rien n'est respecté, pire, on falsifie tout. Des falsifications grotesques. Un soumissionnaire vous fournit des certificats de bonne fin d'exécution des travaux ou fournitures dont les valeurs dépassent plusieurs milliards, mais aucune trace de ces milliards sur ses comptes résultats attesté par les impôts. Le défaut de l'une de ces pièces est systématiquement disqualificatif. Le degré de falsification est tel qu'on est allé jusqu'à produire de vraies fausses cautions bancaires (signées parfois par des responsables de la banque).
    Les tripotages dans les commissions:
    Cela va de l'arrachement de certains éléments d'un dossier concurrent pour le disqualifier à l'introduction des pièces pour certains dossiers éliminés. Des montants d'offres inversés, d'autres minorés ou majorés prétextant d'écarts d'évaluations. Ces écarts qui peuvent atteindre plusieurs centaines de millions sont ensuite partagés. Les membres de la COJO, en passant par l'OCMP, jusqu'aux DAF des ministères concernés, chacun à sa part du gâteau, au cas contraire l'affaire est sortie, des simulacres de poursuite sont engagées, les accusés reviendront en force sur d'autres poste plus rentables, et les sommes détournées ne sont jamais recouvrées (et pourtant les biens acquis grâce à ce vol sont affichés ostensiblement à la face de la plèbe). C'est l'exemple du marché dit 105 de l'éducation nationale.

    Il y a une règle unique dans ces commissions: il faut payer. Une maffia allant du COJO jusqu'au Contrôleur financier du ministère des finances en passant par les SG et autres DG, tout le monde y participe. Inutile de vous préciser que les ententes sont aussi ficelées que les avis motivés de l'OCMP sont, dès lors, une simple formalité. La solidarité entre ces malfrats est inébranlable, la collusion est perceptible à l'œil nu.
    Gagner un marché à la loyale, parce qu'on est moins disant, est impossible. Les conséquences de ces phénomènes sont non seulement la multiplication des prix par 10 ou 15, mais aussi la piètre qualité des biens réceptionnés, s'ils sont réalisés ou fournis. L'exemple le plus illustratif est celui des brancards qui coutaient un million de francs, ou ces bâtiments sensés recevoir un centre de formation des policiers mais qui ressemble plus à des pigeonniers qu'à des salles de formations.

    Logiquement, tout marché dépassant la cinquantaine de millions de francs doit faire l'objet d'un appel d'offre publique. Il se trouve que cette norme est systèmatiquement violée par celui qui l'a édictée : Idriss Deby. L'attribution, entre autres, du marché de centre des affaires à un sénégalais (plus de 450 milliards), celle, de l'hôpital de la mère et de l'enfant à un ses neveux (plus de 15 milliards), ont échappé à ce principe. Alors, les petits, comme on les appelle communément, voyant le chef prendre sa part, n'hésitent plus à participer. Les ministres ont institutionnalisé la pratique dite de 10%. Ainsi, l'entrepreneur doit verser l'équivalent de 10% directement au ministre sans trace ni écriture, et à lui de justifier dans ses comptes. Tel un gibier, les deniers du Peuple tchadien est détournés systématiquement par ces hordes de véreux.

    Abakar Issa Hamid

  • Selon les informations qui nous parviennent de N’djamena, Jean Bernard Padaré, ex ministre de la justice, a été placé en garde à vue pour plusieurs plaintes portées contre lui et notamment pour détournement de fonds publics, tentative d’escroquerie et trafic d’influence (Voir l’article de RFI). Aculé par une meute de mandataires aux ordres du régime, Padaré qui, tel un avocat sous l’orme (pour ne pas dire sous les bananiers), affichait ostensiblement son dévouement, voire sa vénération non seulement à Deby mais à toute la famille du despote, vient d’être rattrapé par les réalités de ce système. Là où certains ont observé des calculs opportunistes pour se faire une place dans l’autocratie «debyenne», d’autres estiment des agissements délibérés pour nuire au dépote voire pour exhiber la vraie nature de ce régime. La réalité est bien sur toute autre.

    Ceux qui l’ont vu à la police judicaire, n’ont pas reconnu l’avocat joufflu et dodu tellement qu’il avait maigri.

     

    C’est l’occasion qui fait le larron

    De Haiga en passant par Itir jusqu’à Deby, on ne jure que par lui. C’est le fils juriste qui manquait à la famille. De là à l’adopter il n’y a qu’un pas qui fut vite franchi.

    Un premier décret tombe. Le fils adoptif est ministre, tenez vous bien, de l'urbanisme et des affaires foncières. Non seulement il favorise la famille à se constituer un patrimoine foncier sans précédent en leur attribuant des parcelles de terrains appartenant à l’Etat, mais s’érige en notaire gérant ces biens pour le compte de sa nouvelle famille. L’unité de mesure des ces terrains attribués à la famille n’est pas le mètre carré mais des dizaines d’hectares.

    Juriste de formation, rien ne prédestinait cet ex étudiant du campus du Loiret à se lancer en politique, encore moins à coté de Deby. D’aucuns mettent même en doute ses diplômes d’avocat et pensent qu’il usurpe ce titre (voir l’excellente enquête du Miroir sur Padaré). Il était plutôt défenseur de ceux qui sont victimes de ce régime. Il est allé jusqu’à intercéder en faveur de la famille Ibni avant de faire un revirement à 180° et être l’avocat de la famille Deby et du régime par la suite.

    Padaré était sur tous les fronts judiciaires du régime Deby. Plaidant un jour le dossier du fils Deby assassiné à Paris, représentant le Tchad dans l’affaire Arche de Zoé un autre jour. L’homme, lentement mais surement, est entrain de réaliser son ambition : entrer dans les rouages du pouvoir. Tout le cercle familial du despote n’a des yeux que pour Padaré. De Haiga en passant par Itir jusqu’à Deby, on ne jure que par lui. C’est le fils juriste qui manquait à la famille. De là à l’adopter il n’y a qu’un pas qui fut vite franchi.

    Un premier décret tombe. Le fils adoptif est ministre, tenez vous bien, de l'urbanisme et des affaires foncières. Non seulement il favorise la famille à se constituer un patrimoine foncier sans précédent en leur attribuant des parcelles de terrains appartenant à l’Etat, mais s’érige en notaire gérant ces biens pour le compte de sa nouvelle famille. L’unité de mesure des ces terrains attribués à la famille n’est pas le mètre carré mais des dizaines d’hectares.

    Pour Deby et son entourage, au moment où ils sont empêtrés dans des conflits judiciaires, l’émergence de cet avocat aux zèles ardents est providentiel, voire un salut divin. Parmi ces affaires judiciaires on peut citer l’affaire Ibni et l’affaire Habré.

     

    L’affaire Ibni et les manœuvres du régime

    Bachir s’adresse directement au despote : «Mais président, ces jours là, chaibo et moi avions ramassé tout ce que nous avons comme dollars et euros et avons traversé le fleuve vers le Cameroun».

    Deby : «mais vous allez où?».

     Bachir : « nous partons pour l’Europe patron. Il parait que nous les ouaddaiens nous sommes très peureux, mais même tes généraux zaghawa (doigtant Chaibo) ont pris la poudre d’escampette». Rires aux éclats de Deby qui sera imité par l’assistance. Inutile de vous préciser que la guerre est d’ores et déjà déclenchée entre ces courtisans.

    Ibni Oumar Mahamat Saleh, chef de la CPDC, a été arrêté par le régime le 03 février 2008 lors de l’incursion des rebelles à N’djamena. Depuis lors on n’a plus de ses nouvelles. Le régime cherche par tout moyen à se disculper et porter la responsabilité à ses lampistes : Tantôt c’est Mahamat Ali Abdallah, Ismaïl Chaibo ou encore Ahmat Bachir. Selon les informations d’une de nos sources, l’enregistrement de la conversation entre Padaré et Bachir avait pour but de confondre ce dernier, le mettre à l’écart, afin de le présenter à la justice française (la procédure étant très avancée au niveau des juridictions françaises). Padaré serait aidé dans cette mission par Ismaïl Chaibo. Malin comme un renard, Bachir, dès qu’il a eu vent de ce qui se trame, a manipulé un des courtisans de Deby à lui poser la question, en présence de Deby: «Bachir où est ce tu étais le 02 et 03 février 2008?». Et il s’en suit le dialogue suivant :

    • Bachir s’adresse directement au despote : «Mais président, ces jours là, chaibo et moi avions ramassé tout ce que nous avons comme dollars et euros et avons traversé le fleuve vers le Cameroun».
    • Deby : «mais vous allez où?».
    • Bachir : « nous partons pour l’Europe patron. Il parait que nous les ouaddaiens nous sommes très peureux, mais même tes généraux zaghawa (doigtant Chaibo) ont pris la poudre d’escampette». Rires aux éclats de Deby qui sera imité par l’assistance. Inutile de vous préciser que la guerre est d’ores et déjà déclenchée entre ces courtisans.

    Bachir a atteint son objectif, les jours de la disparition d’Ibni, il n’était pas là. Les autres courtisans voulaient régler leurs comptes avec Chaibo qui lors de la «réorganisation» de la police avait fait radier tous ceux qui ne sont pas ses parents. Est-il nécessaire de vous préciser que tous les louangeurs de la cour de Deby émergent à la police, douane ou encore à l’armée. Eux aussi ont atteints leur objectif : faire signifier à leur chef que «ce peureux qui s’éclipse à la moindre adversité, fanfaronne devant eux en temps de paix est inadmissible». Il y a une réalité qu’on ne peut pas occulter, c’est qu’aux moments des événements de février, tous les collaborateurs de Deby ont fuit, sauf ses courtisans « bouffons et analphabètes » comme les qualifient certains. Touché par cette marque de fidélité absolue à sa personne, Deby a une oreille attentive pour eux.

    C’est ainsi, pour assouvir la vengeance qui couve en lui que Chaibo aurait suggéré à Deby de piéger Bachir dont son aptitude à être un corrompu notoire n’est un secret pour personne (d’ailleurs sur ce plan, y a-t-il une personne travaillant avec le despote qui n’aurait pas cette grande «qualité debyenne». Ils sont tous corrompus, aveux de Deby lui-même). Padaré est chargé de la chose, la suite est connue.

    Un rebondissement dans une autre affaire, connue sous le vocable d’affaire Habré, sera, pour un moment, salutaire à Bachir.

     

    «L’affaire Habré» : descente aux enfers de Padaré

    Dans cette affaire dite «Habré», qui est une affaire d’Etat, Deby ne s’est pas comporté en homme d’Etat. Dès son arrivé au pouvoir, il s’est laissé guider par une vengeance personnelle que par un esprit de réconciliation nationale. Lors de la conférence nationale, l’intelligence qui nous a poussés à aller déterrer l’ancien président Tombalbaye et lui rendre les honneurs nécessaires, cette même intelligence nous a fait défaut sur le plan de la réconciliation nationale. Les acteurs de l’époque réfléchissaient et agissaient selon le schéma dominé par la guerre FAN-GUNT. On aurait dû organiser une conférence vérité-réconciliation à la sud africaine pour trouver une solution définitive à cette déchirure fratricide. Mais Deby a adopté une posture de vengeance et a oublié que lui-même était acteur pendant les 8 ans de pouvoir de Habré.

    Tel est pris qui croyait prendre. Padaré, dans sa fougue à servir le despote, a profité de l’amateurisme d’un autre ministre de la justice, Djiddo Sabre, pour devenir gardien des sceaux. En effet, l’ancien ministre garde de sceaux avait cru possible d’écrire une missive injurieuse et outrageante à des élus français qui s’inquiétaient de la tournure que prend l’affaire Ibni (crieuse coïncidence : un de ces sénateurs est élu dans le Loiret, un autre point en faveur des détracteurs de Padaré qui y était étudiant) (voir à ces propos l’article du Monde). Là également, qui peux croire que ce ministre aurait écrit cette lettre sans instruction de Deby? C’est dans ces conditions que Padaré est nommé garde de sceaux et Djiddo sabre à la poste et télécommunications. Ses premières décisions étaient de classer l’affaire Ibni sans suite, arrestations des députés et journalistes et signature d’un accord de coopération avec le Sénégal pour sceller le sort de Habré. Tous ceux-ci lui seront reprochés plus tard, car pour ses détracteurs, au moment où Deby est devenu fréquentable après son intervention au Mali, Padaré dénoue tous les efforts consentis à coup des millions de pétrodollars.

    Il se précipite vers le Sénégal pour signer non seulement un accord de coopération judiciaire, mais profite pour régler les comptes à un bloggeur, Makaila Nguebla, qui publiait les dessous de l’affaire dite «Mata Léré» où Padaré est accusé de manœuvres contre le député Kebzabo (voir les articles de Pierre Vouboubé, correspondant particulier du blog Makaila). Il essaie aussi de modifier l’article 10 des statuts des «chambres africaines» sensées juger Habré. Face aux tollés provoqués par les défenseurs d’Hisseine Habré, Padaré et Aminata Touré font machine arrière. Cet article, une bombe à retardement, d’ailleurs on se demande comment Padaré avait obtenu le consentement de Deby tellement que la ficelle était grosse? C’est là aussi l’un des arguments de ses détracteurs qui pensent que Padaré, en intelligence avec certains milieux occidentaux, voulait la perte de leur chef. Ils voient juste car s’il y a procès, il faut qu’il y ait un vrai miracle pour que Deby ne soit pas touché. Ce qui était une simple alerte s’est transformée en panique généralisée lorsque des experts légistes sud américains sont partis fouiner dans les fosses communes au sud du Tchad. Des témoins de ces massacres auraient laissé entendre que  «c’est vrai il y a eu des massacres ici, et qu’eux n’ont pas vu Habré, mais ils se rappellent de la présence, ici même, d’un «comchef» du nom d’Idriss Deby». Selon certaines indiscrétions, ces témoins se seraient rendus au Sénégal pour se constituer partie civile.

    Même si pour ses ennemis, Padaré aurait comploté, la réalité est qu’Idriss Deby s’est entouré de personnes aussi novices qu’elles ignorent tout de ce pan de l’histoire du Tchad où les responsabilités de Deby sont évidentes. Padaré est allé jusqu’à dispenser à Deby des éléments de langages affirmant que, lui Deby, n’était, aux moments des faits, qu’«un simple exécutant». Et au même moment, d’autres supposés exécutants sont mis aux arrêts au Tchad.

    Mais que dit l’article 10 des statuts de ces chambres : «la qualité officielle d'un accusé, soit comme Chef d'État ou de Gouvernement, soit comme haut fonctionnaire, ne l'exonère en aucun cas de sa responsabilité pénale au regard du présent Statut, plus qu'elle ne constitue en tant que telle un motif d'atténuation de la peine encourue».

    Dans cette affaire dite «Habré», qui est une affaire d’Etat, Deby ne s’est pas comporté en homme d’Etat. Dès son arrivé au pouvoir, il s’est laissé guider par une vengeance personnelle que par un esprit de réconciliation nationale. Lors de la conférence nationale, l’intelligence qui nous a poussés à aller déterrer l’ancien président Tombalbaye et lui rendre les honneurs nécessaires, cette même intelligence nous a fait défaut sur le plan de la réconciliation nationale. Les acteurs de l’époque réfléchissaient et agissaient selon le schéma dominé par la guerre FAN-GUNT. On aurait dû organiser une conférence vérité-réconciliation à la sud africaine pour trouver une solution définitive à cette déchirure fratricide. Mais Deby a adopté une posture de vengeance et a oublié que lui-même était acteur pendant les 8 ans de pouvoir de Habré.

     

    Padaré et consorts (actuels collaborateurs de Deby) ignorent totalement le degré d’implication de Deby sous le régime Habré. De là à imaginer Padaré tapis dans l’ombre nouant la corde au cou de Deby, il n’y a qu’un pas qui fut vite franchi. Les visiteurs nocturnes glissent à Deby, les mains sur les cœurs, que Padaré, en intelligence avec l’occident, conspire contre sa personne. C’est alors que Deby, fidèle à sa réputation d’habile manœuvrier, se rappelle de l’enregistrement entre Bachir et Padaré. Il demande à un des courtisans qui a l’habitude de mettre tous ce qui se passe au palais rose sur la place publique, de le publier sur le net. La nasse se referme sur Padaré et collatéralement sur Bachir. Et celui qui a rendu public l’enregistrement quel est son sort? Wait and see

    Padaré, d’un opportunisme sans égal, intrigant s’insinuant partout, s’est fait griller les ailes en rentrant dans le jeu des alliances des courtisans de Deby. Il n’est un secret pour personne que voyant la santé de leur chef chancelante, les «collaborateurs» de Deby s’organisent pour affirmer leur présence au moment de vacances du pouvoir. Ainsi, face à Bachir et ses comparses, se trouve Ismaïl Chaibo et ses acolytes. La rivalité a atteint son paroxysme lors du voyage de Deby aux Etats-Unis pour rencontrer une ONG sur l’environnement. Dans les coulisses ces jours là, Deby était obligé de réprimander les deux camps traitant leurs comportements d’ «enfantillages». Mais alors, au-delà de ces rivalités, comment un cadre comme Padaré se laisse manipuler par Chaibo pour enregistrer une conversation avec le directeur du cabinet du président? En réalisant cet enregistrement, Padaré montre qu’il n’a aucun scrupule à assouvir ses ambitions personnelles d’autant plus que même Deby sait que tous ses collaborateurs sont des corrompus. Certaines mauvaises langues insinuent qu’ils détiennent d’autres enregistrement, mais cette fois-ci qui concernent Deby lui-même.

     

    Youssouf Ahmat