L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Tchad.
   
Description de la situation :

L’Observatoire a été informé par la Ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH) d’actes de harcèlement à l’encontre de membres de l’Union des syndicats du Tchad (UST), dont MM. François Djondang, Michel Barka et Younous Mahadjir, respectivement secrétaire général, président et vice-président de l’UST.

Selon les informations reçues, le 3 septembre 2012, à 20 heures, un représentant du ministre de la Justice s’est rendu au domicile de M. Djondang pour tenter de le convaincre de se rendre au bureau du ministre. Dans l’après-midi du même jour, le procureur de la République avait convoqué M. Djondang par téléphone afin de l’interroger au sujet d’une pétition de l’UST datée du 1er septembre 2012 qui protestait notamment contre « la cherté de la vie » et « la paupérisation de la population », imputées à la mauvaise gestion et la corruption des autorités.

Le 5 septembre 2012, le Bureau exécutif de l’UST a également reçu une convocation écrite du même procureur de la République visant notamment MM. François Djondang, Michel Barka et Younous Mahadjir, et relative à la pétition mentionnée précédemment. Ils ont été auditionnés par la police puis par le procureur de la République le 10 septembre. Les trois syndicalistes ont ensuite été inculpés pour « incitation à la haine ethnique » et M. François Djondang est en outre accusé de « diffamation ». Ils sont appelés à comparaître le 18 septembre 2012 devant la Chambre correctionnelle de citation directe du Tribunal de première instance de N’Djamena[1].

Ces multiples inculpations s’inscrivent dans un climat social particulièrement tendu, l’UST étant également à l’initiative d’une grève réclamant, depuis le 17 août 2012, l’application d’un décret promulgué en novembre 2011 suite à un protocole d’accord portant grilles salariales dans le secteur public, et conclu entre le Gouvernement, l’UST et la Confédération libre des travailleurs du Tchad (CLTT).

L’Observatoire dénonce vivement les actes de harcèlement et les inculpations à l’encontre des leaders de l’UST, dans la mesure où ils ne semblent viser qu’à les intimider et à sanctionner leurs activités de défense des droits économiques et sociaux, en plus de limiter l’exercice de leur droit à la liberté d’expression. L’Observatoire appelle les autorités tchadiennes à mettre un terme à toute forme de harcèlement judiciaire contre les leaders syndicalistes et, plus généralement, à l’encontre de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme au Tchad.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités tchadiennes en leur demandant de :

i.         Mettre un terme à toute forme de harcèlement - y compris judiciaire - à l’encontre de MM. François Djondang, Michel Barka et Younous Mahadjir, ainsi que de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme au Tchad ;

ii.         Garantir le plein respect des règles du droit à un procès équitable dans la procédure visant les trois défenseurs des droits de l’homme ;

iii.          Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement : - son article 1 qui stipule que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation de tous les droits de l’Homme et de toutes les libertés fondamentales aux niveaux national et international” ; - son article 6 qui stipule que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres : a) De détenir, rechercher, obtenir, recevoir et conserver des informations sur tous les droits de l’homme et toutes les libertés fondamentales en ayant notamment accès à l’information quant à la manière dont il est donné effet à ces droits et libertés dans le système législatif, judiciaire ou administratif national ; b) Conformément aux instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme et autres instruments internationaux applicables, de publier, communiquer à autrui ou diffuser librement des idées, informations et connaissances sur tous les droits de l’homme et toutes les libertés fondamentales ; - et son article 12.2 qui prévoit que « l’Etat prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration » ;

iv.         Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par le Tchad.

Adresses :

·       M. Idriss Deby, Président de la République, Présidence de la République, BP 74, N’Djamena, République du Tchad. Email : http://www.presidencetchad.org/nous...
·       M. Amina Kodjiyana, Ministre des Droits de l’Homme, Ministère des Droits de l’Homme, BP 169, N’Djamena, République du Tchad. Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
·       M. Abdoulaye Sabre Fadoul, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Ministère de la Justice, BP 426, N’Djamena, République du Tchad.
·       S.E. M. Malloum BAMANGA ABBAS, Mission permanente de la République du Tchad auprès de l’Office des Nations Unies à Genève, Rue Tronchin 14, 1202 Genève, Suisse. Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Tchad dans vos pays respectifs.

***

Genève-Paris, le 12 septembre 2012

Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.

Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :
·   E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
·   Tel et fax FIDH : 33 1 43 55 25 18 / 33 1 43 55 18 80
·  Tel et fax OMCT : + 41 22 809 49 39 / 41 22 809 49 29


[1]           Le directeur de publication du journal d’opposition dans lequel la pétition a été publiée a également été inculpé dans le cadre de cette meme procédure.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir