La chambre d'instructions de la cour d'appel de Paris vient de lancer un pavé dans la mare : elle autorise un juge d'instruction à enquêter, oui pas juger mais enquêter (nous préciserons notre insistance sur le mot «enquêter» plus loin), sur les conditions de disparition d'Ibni Oumar. Il faut souligner que lorsque la famille Ibni avait intenté une action devant les juridictions françaises, un juge s'est saisi de l'affaire malgré son classement sans suite par le parquet de Paris. A l'appel interjeté par le parquet, la cour d'appel de Paris vient de rendre une décision permettant au juge d'ouvrir une enquête sur la disparition D'Ibni.
Enfin, oui enfin. Cinq année de dénie de justice, d'arrogances (le despote tchadien est allé jusqu'à interdire aux journalistes de lui poser des questions en rapport avec la disparition d'Ibni), d'invectives, d'offenses à l'endroit de sa famille, enfin la justice va pouvoir enquêter.
Les faits sont là. Têtus malgré les manœuvres, immuables malgré le temps passé, bref, ostensibles malgré les manigances diaboliques. Un opposant, assis tranquillement chez lui, la garde prétorienne barbare et sanguinaire l'amène, et depuis on n'a plus de ses nouvelles. Une commission d'enquête aux ordres au départ puis « ouverte à l'international » (selon les propres termes du despote tchadien) fut érigée et ses conclusions incriminent directement la présidence tchadienne. Tels sont les faits. Alors pourquoi on s'est opposé à l'ouverture même d'une enquête judiciaire ? Certaines sources averties pensent c'est pour des raisons politiques et de proximité avec le régime de N'djamena que certains milieux en France ont bloqué, ou tenté de bloquer, le processus judiciaire. On avance pêle-mêle la souveraineté, la non ingérence dans les affaires des Etats africains,..., la chambre de la cour d'appel vient de trancher et ceci, entre autres: Au nom du principe de compétence universelle. Certains peuvent être choqués qu'en 2013 une justice étrangère s'immisce dans les affaires internes au Tchad. Mais alors qui rendra justice à ceux qui, parce qu'ils pensent différemment, ont une autre vision du monde, sont lâchement assassinés? Tant que l'ingérence est dans le sens de la justice, de consolidation de la bonne gouvernance, nous la soutenons comme nous dénonçons celle qui consiste à concourir des potentats asservissant et assassinant des innocents.


Qu'est ce que cela peut changer ?
Même si on n'atteindra pas Deby, pour l'instant, mais beaucoup de choses changeront. A commencer par la liberté de circuler de certains acolytes du régime, témoins oculaires de l'évènement et qui sont souvent en villégiature en Europe. Ceux qui sont nommément cités par la commission et qui pensent qu'ils sont éternellement impunis, ceux qui pensent oppresser, incarcérer, bref tuer des innocents en toute tranquillité. Enfin la justice en marche.


La Rédaction de la Gazette

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