Les funérailles de Lisette Talate, militante de la cause chagossienne a réuni, dans un  moment d’intense émotion, tous ceux qui se sentent proches de ces natifs de l’archipel des Chagos déracinés de leurs îles.
 
Il y avait foule, ce jeudi 5 janvier, en l''église de St. Sacrement à Cassis. Presque tous les membres de la communauté Chagossienne et leurs amis avaient tenu à rendre un dernier hommage à Lisette Talat, décédée, à l'âge de 70 ans, le mercredi 4 janvier.

L’absoute a été dite parle curé de la paroisse le Père Gérard Mongelard en présence de Mgr Maurice Piat, l’Evêque de Port-Louis, qui a encensé la dépouille et d’autres prêtres dont le Père Philippe Fanchette.

Dans une émouvante intervention, Olivier Bancoult, le président du Groupe Réfugiés  Chagos (GRC) a rendu un vibrant hommage à Lisette Talat. «  C’était mon guide, c’est elle qui m’a inspiré », a-t-il d’une voix émue. Avec Charlézia Alexis, et Rita Bancoult, Lisette Talate a été à la base du premier mouvement de revendication des chagossiens dans les années 70. Elle était parmi les grévistes de la faim qui avaient jeûné pendant 18 jours au Jardin de la Compagnie en 1978.

Bancoult a poursuivi en rappelant le courage avec lequel, Lisette Talate menait son combat pour le retour des Chagossiens dans leurs îles. «  Elle n’avait pas fait des grandes classes, mais elle avait la connaissance de la souffrance », a-t-il dit.

 Lisette Talate, originaire de Diégo Garcia a quitté son île à 30 ans. Elle a témoigné de la brutalité avec laquelle les Chagossiens ont été expulsés de leurs îles pour laisser la place à une base militaire américaine à la fin des années 60. «  Bato la perle vinn lambilans », avait-elle chanté au moment de l’exil. En effet les Chagossiens étaient embarqués de force pour Maurice à bord bateau de pêche « La Perle ».

Cette femme au physique frêle ne parlait pas beaucoup, mais elle menait son action avec détermination.  Ceux qui ont fait des témoignages lors de la cérémonie ont rappelé comment elle a dans un premier temps refusé de venir à Maurice après avoir été contrainte de quitter Diégo-Garcia. Elle s’est battu pour pouvoir rester à Peros Banhos, pendant quelque temps avant d’être forcé à l’exil.

Olivier Bancoult a raconté une anecdote fort significative. Un jour au moment des auditions du procès que les Chagossiens avaient intenté aux autorités britanniques devant la Haute Cour de Londres, la délégation du GRC avait été conviée à déjeuner au Lunch Room de la Chambre des Communes.

A un moment l’hôte, un député anglais a demandé à Lisette Talate pourquoi elle ne mangeait pas. La militante de la cause chagossienne a demandé à ses amis de dire au parlementaire qu’elle ne peut prendre un repas sur les lieux mêmes où avait été prise la décision de la déraciner de son  île natale. L’anglais a demandé pardon pour cet acte au nom de ses compatriotes.

Cette femme était très attachée à son île. Lors de la visite à Diégo Garcia autorisée par le gouvernement britannique en 2006, quand elle est arrivée dans l’île la première chose qu’elle a faite a été de se jeter sur le sol.

« Son souhait été de finir ses jours dans son île natale, mais elle est morte en exil », a dit le Père Gérard Mongelard.

L’ancien Président de la République Cassam Uteem, le ministre des Affaires étrangères Arvind Boolell, le leader de l’opposition, Paul Bérenger et les députés de la circonscription No.1, Ariane Navarre-Marie, Jean-Claude Barbier et Veda Baloomoody ont assisté aux funérailles. 

Des chercheurs comme le Pr.  Vinesh Hookoomsing, la Président du Centre Nelson Mandela pour la culture Africaine, le comédien Gaston Valayden qui a joué la pièce Maddogs of Chagos aux Etats-Unis l’année dernière étaient aussi présents.

Marie-Michelle Etienne ancienne animatrice à Radio One a lu plusieurs messages de condoléances venant de l’étranger. On relève entre autres, ceux de David Snoxell ancien Haut-Commissaire Britannique à Maurice, d’Elie Hoareau, dirigeant du Parti Communiste Réunionnais et ancien député européen et de plusieurs  ONG’s qui soutiennent la lutte des Chagossiens.

Tous ceux qui ont fait déplacement à l’église de Cassis, pour dire adieu à Lisette Talate reconnaissent à l’unanimité le combat de cette femme qui a donné sa vie à la cause chagosienne.

Cassam Uteem ancien président de la République: "C’est bien plus qu’un symbole qui a quitté le peuple des chagossiens, ainsi que la nation mauricienne. C’est une grande perte pour la communauté chagossienne, car elle a été une des premières voix à s’élever férocement contre les Britanniques. C’est une source d’inspiration pour bien de combattants. C’est dommage qu’elle n’ait pu dire un dernier au revoir à sa terre natale."

 Olivier Bancoult président du Groupe Réfugiés Chagos : "L’Etat doit rendre hommage à cette femme qui a donné sa vie à la lutte chagossienne. Nous faisons un appel pour que les autorités aménagent un espace au jardin de la Compagnie pour honorer sa mémoire. C’est dans ce même lieu qu’a commencé son combat, elle y a mené plusieurs grèves de la faim."

Arianne-Navarre-Marie députée et originaire des Chagos : "Elle était à elle seule une source d’information inépuisable concernant l’histoire des chagossiens. Elle se souvenait de touts les faits marquants de son île natale. J’ai été profondément choquée par la mort de Lisette. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle nous quitte d’autant plus que lorsque je suis allée lui rendre visite à l’hôpital, elle m’avait l’air en pleine forme."

 Arvin Boolell ministre des Affaires Etrangères : "C’est une femme au grand courage qui nous a laissé. Je suis d’avis que l’Etat doit lui rendre hommage, nous allons considérer l’appel d’Olivier Bancoult en ce qui concerne l’aménagement d’un espace au jardin de la Compagnie pour honorer sa mémoire. Je me souviens de toutes les fois qu’elle s’est présentée à mon bureau, elle affichait toujours humilité et fermeté."

Fernand Mandarin dirigeant du Comité Social des Chagossiens : "Elle était sincère dans son combat. Son combat était authentique. Je lance d’ailleurs un appel à l’unité chagossienne, pour que nous continuons de combatte contre la répression Britannique. Je compte aussi écrire un livre pour évoquer l’histoire du peuple chagossien, et je ne manquerai pas de rendre hommage à la mémoire de Lisette. "

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