Semaine à forte tonalité africaine pour François Hollande. En l'espace de cinq jours, pas moins de trois chefs d'Etat vont défiler dans son bureau : le Guinéen Alpha Condé, le Gabonais Ali Bongo et le Sénégalais Macky Sall. Dans les semaines qui ont précédé, trois autres visiteurs de marque ont déjà été reçus : le roi Mohammed VI du Maroc, le Béninois Boni Yayi, président en titre de l'Union africain (UA), et le Nigérien Mahamadou Issoufou.

Tous — à l'exception de ce dernier et de Condé, qui fréquentaient Hollande au sein de l'Internationale socialiste — viennent découvrir un homme qu'ils connaissent peu, ou pas du tout, et s'enquérir de sa politique en direction de l'Afrique. A l'Elysée, on la résume en un mot : « normalité ».

Changement de méthodes

« Nous n'avons pas vocation à gérer seuls les dossiers africains, le ministère des Affaires étrangères est là pour ça. », indique-t-on à l'élysée. Placés sous l'autorité du conseiller diplomatique Paul Jean-Ortiz, les deux conseillers Afrique , Hélène Le Gal et Thomas Mélonio alertent néanmoins le président dès qu'ils le jugent nécessaires. Mais les dossiers africains ne seront pas traités différemment de ceux des autres continents. Pour marquer la césure avec la période où Claude Guéant était à l'Elysée, le nouveau secrétaire général, Pierre-René Lemas, ne devrait pas effectuer des missions à l'étranger à la place des ministres. La « cellule Afrique » de l'Elysée, qui connut ses plus belles heures sous les septennats de François Mitterrand et de Jacques Chirac, a donc été officiellement « désarmée » au profit du Quai d'Orsay. Même si Le Gal et Mélonio occupent ses bureaux historiques au 2, rue de l'Elysée.

Fabius et Canfin aux commandes

.Il incombe désormais au ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et à son ministre délégué au Développement (nouvelle appellation de la Coopération), l'écologiste Pascal Canfin, de faire passer dans la réalité les principes énoncés par François Hollande : bonne gouvernance des partenaires africains — « pas d'ingérence mais une exigence » —, pacte de croissance, stabilité. Les intermédiaires, chers à la Françafrique, n'ont officiellement plus de raison d'être. « Il peut y avoir encore de mauvaises habitudes, notamment de régimes autoritaires, reconnaît Denis Pietton, le directeur de cabinet du Quai d'Orsay, mais cette période est clairement révolue. » Adossé à la Direction générale de la mondialisation et à l'Agence française de développement, Pascal Canfin entend bien mener en direction de l'Afrique, « continent émergent de demain », une politique de développement « pleinement justifiée par les chiffres », tout en menant une bataille contre les paradis fiscaux où sont détournées d'énormes masses financières destinées à l'Afrique.

L'a priori favorable des Africains

Les responsables politiques africains observent pour l'instant avec satisfaction les nouvelles dispositions affichées par Paris. Tout en faisant poliment remarquer que la France n'est plus en position de force. « Cette nouvelle vision de la coopération ne doit pas être seulement politique. Les relations économiques de la France ont beaucoup reculé », avertit Ibrahima Sall, le ministre de l'Education du Sénégal. « On veut une politique gagnant-gagnant », renchérit le président guinéen, Alpha Condé. Tout en observant que « François Hollande a les mains libres car lui n'a jamais touché d'argent de l'Afrique ».

Sources

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