Vendredi, 25 mai dernier, l'ancien ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, est transféré dans une cellule du secrétariat d'Etat à la Défense (Sed) en compagnie d'Yves Michel Fotso et Polycarpe Abah Abah, dans des conditions aussi rocambolesques qu'illégales. En effet, en dépit de l'arrêté signé quelques heures plus tôt par le ministre de la Justice, Laurent Esso, créant des prisons secondaires à Yaoundé et Douala, dans le prolongement des celles de Kondengui et New-Bell, le transfèrement de ces ex-barons du régime viole le Code de procédure pénale dont l'une des dispositions rappelle que «les personnes interpellées au nom d'un mandat de justice doivent être détenues dans une prison».Marafa_Hamidou_Yaya040911230Marafa_Hamidou_Yaya040911230

Or, le Sed, malgré la décision du garde des Sceaux, reste et demeure un camp militaire. En procédant de la sorte, le pouvoir semble avoir donné raison aux tenants de la thèse de l'«épuration politique» accolée à l'opération de lutte contre la corruption au Cameroun.

C'est le 16 avril dernier que Marafa Hamidou Yaya a été incarcéré à la prison centrale de Kondengui, le même jour que l'ancien Premier ministre Ephraïm Inoni, pour de présumés détournements de fonds publics dans le cadre de l'achat d'un avion présidentiel. Le même jour, M. Marafa a déposé, auprès du procureur près le tribunal de grande instance du Mfoundi, une lettre de récusation du juge Pascal Magnaguemabé qu'il accuse de «partialité». Par deux fois, le ci-devant secrétaire général de la présidence de la République refusera d'être entendu par ce magistrat-instructeur. Les dernières informations font pourtant état de ce que sa demande de récusation n'a pas prospéré.

Ce qui aura toutefois le plus marqué l'opinion, en rapport avec le cas Marafa Hamidou Yaya, c'est l'intense activité épistolaire de l'ex-Sg/Pr. Déjà trois lettres ouvertes, dont deux adressées au président de la République et l'autre au peuple camerounais. Dans sa dernière sortie, M. Marafa donne sa version des faits sur l'achat des avions présidentiels et se lave de toute accusation. Des lettres qui ont certainement motivé son transfèrement au Sed, synonyme d'isolement.

Le pouvoir semble visiblement mal à l'aise, face à l'abondante et percutante prose du «bagnard spécial». D'où les réactions épidermiques du chef de la cellule de communication de présidence, Joseph Le et du secrétaire à la communication du Rdpc, Jacques Fame Ndongo, en sapeurs-pompiers d'un régime accablé d'atteinte aux droits de la justice et de la dignité humaine. Leur principale cible dit ne pas avoir peur d'un procès transparent, qu'il appelle même de tous ses vœux. Rendez-vous à la barre.

© Source : Mutations

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